Le vibe coding a besoin d'une charte, pas d'une interdiction
Ce matin, dans votre entreprise, quelqu’un a ouvert Cursor ou Claude et produit en une heure un outil interne, un script de reporting, un bout de back-office. Sans ticket, sans revue d’architecture, sans décision collective. C’est du shadow IT, version complètement désinhibée.
Face à ça, deux mauvais réflexes : interdire, ce qui peut pas tenir face à l’ampleur de la pratique ; ou laisser filer, ce qui finira mal : des données client exposées, une faille de sécurité, un traitement personnel non autorisé.
Le bon réflexe n’est ni l’interdiction ni le laisser-faire. C’est le cadre. Et l’outil le plus léger pour le poser, c’est une charte. Nous avons écrit la nôtre chez Dernier Cri et nous pensons qu’elle mérite d’être partagée.
Ce qu’on appelle une charte
Dans notre cas, une charte, ce n’est pas une politique de gouvernance de trente pages ni un référentiel de conformité. C’est un document activable que l’on peut lire en cinq minutes.
Sa fonction est simple : poser le cadre commun dans lequel on construit avec des agents. Les lignes rouges, les choix par défaut, les usages proscrits. Pas plus. Au-delà, la charte redevient une documentation de plus qui rejoindra le cimetière des documents qui ne servent à rien.
Sa particularité : deux publics, humains et agents
C’est là que la charte de vibe coding diffère d’une charte classique. Elle a deux lecteurs, et elle s’adresse aux deux dans le même texte : l’humain et l’agent.
L’humain y lit un concept à intégrer et une responsabilité à assumer. L’agent y lit une contrainte à respecter, une chose à produire, une vérification à faire. Les rares passages réservés à l’un ou à l’autre sont explicitement marqués ; tout le reste vaut pour les deux.
Au démarrage d’un projet, l’humain a la responsabilité de copier/coller la charte entière à l’agent. De là, l’agent en déduit sa première tâche, qui ne sera donc pas d’écrire du code mais de produire un AGENTS.md propre qui contiendra un résumé des règles du jeu.
La charte devient ainsi un artefact exécutable, pas une déclaration d’intention. Elle entre dans le contexte de travail de l’agent à chaque nouveau projet. C’est le prolongement naturel de ce qu’on décrivait sur le platform engineering à l’ère des agents : on ne maintient plus des templates rigides, on écrit des règles et on laisse l’agent trouver le comment.
Séparer les non négociables des recommandations
Nous distinguons deux types de règles dans notre charte :
Les non négociables. Par exemple : des mots de passes ne doivent jamais être en clair dans le code source du projet. Si des données client sont manipulées, alors elles doivent être absolumment compartimentées. Les données personnelles doivent être traitées conformément à la loi. Lorsque des comptes techniques doivent être créés, il faut toujours leur donner le moins de droits possibles. Ce sont des lignes rouges : leur violation crée un risque juridique, ou de sécurité ou technique.
Les recommandations. La stack par défaut, l’hébergeur, l’outil d’observabilité. Ce sont des choix qui font gagner du temps et qui évitent l’éparpillement, mais un projet peut légitimement en dévier — à condition que la raison soit documentée. Les écrire comme des obligations, c’est se condamner à les voir contournées en silence.
La responsabilité, elle, ne se délègue pas
Le vibe coding donne parfois l’impression que la responsabilité se déplace vers l’outil. C’est faux. L’agent écrit, modifie, propose, accélère. Mais il ne porte ni le contexte client, ni les obligations contractuelles, ni le risque métier. Il n’a pas de responsabilité professionnelle. L’humain, si.
Faire du vibe coding, ce n’est pas laisser une IA coder à sa place. C’est accepter de répondre de ce qu’elle produit sous notre pilotage. Cette nuance est centrale. Elle oblige à relire ce qui engage vraiment, à documenter les décisions, à découper les changements, à refuser le code qu’on ne comprend pas. L’agent propose ; l’humain assume.
La charte pose clairement cette responsabilité sur l’humain. En tant que vibe coder, vous êtes prévenus.
Écrivez la vôtre
On a écrit la nôtre chez Dernier Cri et nous vous en proposons une version débarrassée de ce qui nous est propre. C’est donc un bon point de départ pour faire la votre.
Le vibe coding va continuer de se répandre dans les organisations, qu’on le veuille ou non. La seule question qui vaut, c’est de savoir si vous souhaitez attendre le premier incident pour commencer à l’encadrer correctement. Une page de charte, relue en cinq minutes et collée à chaque agent au démarrage, coûte infiniment moins cher que la fuite qu’elle évite.
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